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ResMusica.com, 25.11.2005
Les concerts du premier chef invité de l'Orchestre
Philharmonique de Liège, Jean-Pierre Haeck, ne proposent pas le
tout-venant : Symphonie n°1 de Gounod, Concerto pour cor
de Glière, Requiem de Duruflé, l'Ascension de Messiaen,
toutes ces uvres rares sont prévues dans les prochains mois.
Le concert de cette matinée suit ce principe de diversité,
proposant un très beau et original programme de musique tchèque.
Avec les Danses Lachiennes,
Janacek passionné par la musique populaire de sa région
natale, suivait les célèbres exemples de Brahms, Dvorak
et Grieg, mais ses harmonisations des chants du patrimoine morave, réalisées
dans les années 1890, ont dû attendre la fin de sa vie pour
être enfin créées, et elles n'ont jamais réussi
à acquérir la popularité des Danses Slaves de son
compatriote Dvorak. C'est assez logique car la musique est moyennement
attrayante, assez lourde et pompeuse (Starodavn'y) et pas très
entraînante. Jean-Pierre Haeck a malheureusement choisi de ne diriger
que les trois premières, ce qui nous prive de la délicieuse
Celadensky, un petit bijou de délicatesse, certainement la partie
la plus intéressante de cet ensemble de danses.
Commande du quatuor
belge Pro Arte, le Concerto pour quatuor à cordes de Martinu date
de 1931, époque à laquelle le compositeur commençait
à explorer les voies du néo-classicisme en insérant
le langage moderne dans les formes de la musique ancienne. On entend donc
un concerto grosso, dont le ripieno est spectaculairement élargi
aux dimensions d'un orchestre symphonique, de structure parfaitement orthodoxe,
structure dans laquelle s'épanouissent dissonances et liberté
rythmique d'allure très moderne. Ce mélange assez improbable
a priori fait une musique à la fois passionnante et déroutante,
d'une grande fraîcheur de ton, et qui gagne beaucoup à être
entendue en concert : structure, opposition solistes-tutti étant
beaucoup mieux perceptibles qu'au disque. On peut par exemple « voir »
de façon très nette certains thèmes, certaines phrases,
passer d'un instrument du quatuor à un autre, ou aller rebondir
du coté de l'orchestre. L'uvre étant rarement jouée,
on se contentera du disque avec la très belle version du Quatuor
Brandis et de l'Orchestre National de France dirigé par James Conlon
chez Erato-Apex. La direction de Jean-Pierre Haeck est très analytique
et fouillée, présentant l'uvre avec une grande clarté
et un souci manifeste de faire entendre le mieux possible la rigueur formelle
de la partition ainsi que ses audaces expressives. Les jeunes musiciennes
du Quatuor Thaïs se distinguent par leur engagement et leur fougue,
et par la cohésion de leur jeu d'ensemble.
Avec la Symphonie
n°7 de Dvorak, on est en terrain beaucoup plus connu, l'orchestre
ayant d'ailleurs enregistré l'uvre sous Pierre Bartholomée
en 1989 (Adda). Jean-Pierre Haeck aborde l'uvre avec une retenue
très calculée avant de libérer l'orchestre dans un
mouvement initial à l'atmosphère suffocante et orageuse.
Changement de décor ensuite, avec un Poco adagio doux-amer, dans
lequel les vents et les cors rivalisent de finesse et de délicatesse,
donnant un petit côté sérénade nostalgique
à leurs dialogues. Le scherzo est un modèle d'élégance
et de souplesse distinguée avant un final spectaculaire, flamboyant
et tendu à l'extrême.
L'OPL trouve dans
la musique tchèque un magnifique terrain d'expression à
ses qualités : souplesse et vivacité des cordes (un mordant
exemplaire dans la courte introduction du premier mouvement), tranchant
des bois, aux sonorités authentiques et non aseptisées,
sûreté des cors (de magnifiques solos dans le mouvement lent)
et des cuivres. Un très beau concert, un peu trop court, qui aura
permis au public de faire une belle découverte alliée à
un cheval de bataille du répertoire magnifiquement défendu.
Richard Letawe
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